Forum pour tous les passionnés de modélisme naval
 
PortailAccueilS'enregistrerConnexion

Partagez
 

 Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc

Aller en bas 
AuteurMessage
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptySam 29 Mai 2010, 22:17

Bien le bonjour à tous,

Ayant appris il n'y a pas plus tard que récemment que mon ancêtre, le chevalier de Adhoc, avait embarqué à bord de Aphrodite, il m'a paru opportun de vous livrer les Mémoires de mon aïeul (bi, tri, quadri au moins), sans en rien retrancher, sauf quelques passages oiseux. La graphie en est belle mais pas toujours lisible, aussi me pardonnerez-vous s'il se trouve quelque orthographe sujette à caution ou quelque expression difficilement compréhensible.Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Icon_study

Je lui laisse donc la plume...

" Or donc je naquis en la bonne ville de Toulon ou pas loin, en mai de l'an guinsbourien 69, 54ème du règne de Louis qui n'était plus depuis belle lurette le Bien Aimé.
Né moco d'une mère assurément et d'un père à coup sûr qui eurent, dans l'incertitude sans doute de leur destin, le bon goût de me déposer le 29 de ce joli mois devant l'huis du monastère des Frères de Saint Bernardin.

Ces pieux moines eurent indescriptible plaisir à me recueillir. mon arrivée en ce saint lieu de haute réputation fut saluée comme particulièrement bienvenue, puisque survenant quelques jours après la fête du Saint fondateur de l'Ordre.
" Hic puer egregie adhoc advenit!!!" balbutia le Prieur Aymon en larmes. Cette opportune exclamation me valut le surnom qui devint mon nom.
Et ce jour célébrant la Saint Aymard, je fus très logiquement prénommé "Jean".
Les bons pères poussèrent force "Noël! Noël!" tout en se donnant recto verso le baiser de paix. Puis ils entamèrent la procession dite de la sainte chenille propitiatoire, non s'en m'avoir confié à la nonne Jeanneton dont j'eus grand plaisir, m'a-t'on dit, à engouler le téton.

Après ces fortes prières, les saints hommes me vinrent contempler alors que Jeanneton me talquait ce que de droit, et s'esbaudirent grandement en voyant, tatouée sur ma fesse dextre, une licorne à l'attribut fort opportunément tourné. Aussi,émus, redoublèrent-ils de psaumes rectotonaux et de bourrées adéquates.

Puis, dès que j'en eus l'âge, paternellement, les bons pères, fort pieux mais aussi fort versés en moult sciences, eurent à cœur que je fisse mes humanités.
Ainsi, outre la philosophie, l'exégèse, j'appris le latin, le grec, le franciot, le bogomile, l'art de faire sonner bellement le carillon avec la corde à nœuds, le maniement du goupillon, le chant choral, plain ou bourré, et bien d'autres disciplines.
L'ardente Rome et ses gladiateurs, le pays hellène et ses zoplites, n'eurent bientôt plus de secret pour moi, tant dans leur histoire et leur littérature que dans les mœurs de leur vie quotidienne.
Je reçus aussi quelques rudiments de géomètrie, car, comme le dit Platon: "Nul n'entre ici s'il n'est géomètre", le délicieux homme.

Les rudes exercices gymniques, le plus souvent de longues séries de pompes, à fin de mortification, ne me furent point ménagés.
Au prétexte que ces pieuses pratiques, selon leur lumineuse et débonnaire doctrine, se doivent, par une application raisonnée, de donner un avant-goût de Paradis, et non de Purgatoire, voire pire, ce saint ordre fut l'objet d'odieuses diffamations.
Je défie, au mousquet à 2 coups, les peu ragoûtants personnages, fussent-ils inquisiteurs, qui s'en iraient, colporter de tels ragots à l'odeur de fagot!
Ils n'ont pas compris, les ignobles sots, que mes bons pères avaient à grand cœur souci de connaître, et ce au plus profond, les affres des pécheurs afin de les mieux comprendre et de les amener ainsi à véritable et sincère repentance.
Je dois aussi rappeler que l'humanité leur serait très obligée d'avoir grande reconnaissance pour avoir su préserver un répertoire liturgique unique, bien qu'hélas bien incomplet, sauvé de l'incendie de l'incandescente bibliothèque d'Alexandrie, et qu'ils se transmirent de père en fils.

Mais je m'emporte, je m'emporte!!

Jeanneton fut chargée de parfaire mon éducation en science de l'homme, déjà fort poussée, s'il vous plait que je m'exprime ainsi.
Elle se chargea, de son propre chef mais pas seulement, de me faire connaître, quand le poil me vint, les secrets de la géographie et de m'initier à l'exploration de la terra incognita.

J'eus grand plaisir à découvrir la mer quand nous allions après messe nous ébattre dans quelque crique.
Nous enfourchions alors un curieux esquif, appelé pédal'eau, formé de deux peaux de phoques gonflées, accolées l'une à l'autre comme il se doit, et surmontées d'un curieux et mécanique attelage.
L'ensemble se pouvait mouvoir par des sortes de pales sises à l'arrière que deux frères l'un derrière l'autre faisaient mouliner d'un jarret vigoureux.
Ce pendant, sœur Jeanneton se faisait le maillot, avec de fines brucelles et des feuilles de chou enduites de cire. Ah, bucolique et maritime tableau!

Les années passèrent dans la méditation, l'étude et l'exercice, austère et douce à la fois.

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
koz bag
Second Maître
Second Maître



Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptySam 29 Mai 2010, 23:19

Excellent !

k b
Revenir en haut Aller en bas
L'ancien
Amiral de la flotte honoraire
Amiral de la flotte honoraire
L'ancien

Localisation : Près du Bourget...mais chetimi de LILLE
Navire préféré : Bounty

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 30 Mai 2010, 16:10

le bonjour te va Mon ami AD'HOC....
Superbe page de bravoure !!!!

_________________
Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Parche16
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 30 Mai 2010, 16:22

Grand merci à Koz Bag et à Mike,

Je ne fais que retranscrire modestement...Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Icon_redface

A+
Amicalement

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 30 Mai 2010, 21:50

....Je devins, ma foi, fort bon copiste et lettré de bon aloi. Aussi, certains frères et autres pieux hommes qui faisaient retraite en notre sainte enceinte avaient souventes fois recours à mes modestes talents pour rédiger, en échanges de leçons d'escrime vigoureusement menées au goupillon d'arme, billets, lettres, missives, brefs et autres pieux messages le plus souvent destinés aux nonnes de Sainte Falace du Sion, dont le couvent se trouvait plaisamment sis sur une motte embaumée de languissantes senteurs.
Journellement, le père Torré, grand amateur de moka, facteur de notre monastère, et de ce fait perpétuateur de l'Ordre, gravissait à belles enjambées le petit chemin qui sentait bon la noisette, non sans avoir auparavant fait trois petits tours dans les bois, pour déverser le produit de nos plumes au sein de ce couvent voisin, sans exclusivité toutefois, puisque l'on apercevait souvent le père Andy lui emboîter discrètement le pas, ce que voyant, nous ne manquions pas de lui clamer un retentissant "Où allez-vous donc, père Andy?" "Certes à Sion!", rétorquait-il en brandissant le poing.


Cependant, malgré cette douce et austère vie, l'au-delà des collines, la mer, les récits que nous faisaient les voyageurs lors d'une étape, les souvenirs des frères qui avaient couru le monde, tout cela ne manquait pas d'enflammer mes rêveries, ce que ne manqua pas d'observer notre bon Prieur.

Aussi, certain jour, le père Aymon me manda en son bureau et s'enquit de mes projets d'avenir.
Rosissant, je lui fis part de mes rêves de voyage. J'ajoutai qu'il me plairait aussi grandement de connaître le secret de cette licorne qui m'adornait si joliment le fessier et dont je n'avais trouvé nulle trace dans les archives, grimoires, incunables et autres annales dont regorgeait pourtant notre très précieuse bibliothèque.
" Ah, mon fils, s'écria-t'il, je l'avais bien deviné, aussi ne saurais-je vous retenir, même si cela me fend le cœur! ".
Se tournant vers un frère capucin qui venait d'entrer:" A moi il me fend le cœur, et à vous, frère brun, il ne vous fait rien?! Pécaïre, c'est vrai que môssieu est de Lyon!"
"Oui, ce m'est un grand chagrin auquel je devais m'attendre. Mais baste, quoi de plus normal que le sang vigoureux de la jeunesse vous entraîne hors de nos murs. Surtout, n'en ayez ni honte, ni regret; vous le savez, en effet, nombres de nos frères, avant d'embrasser notre Ordre et beaucoup d'autres choses, ont moultement voyagé.
"Ainsi saviez-vous que le père Andy Nouithe de la Sainte Burette, qui nous avitaille en vin de messe, fut autrefois un hardi navigateur qui poussa fort loin vers le Nord; c'est à lui que nous devons le pédal'eau qui tant nous contente!"
"D'autres nous vinrent de contrées étrangères, comme le frère Umberto de la Rose, fort contrefait et peu disert certes, mais vaillant forgeron qui aime tant à faire sonner les échos de sa robuste enclume. Il a, je le crois, des idées fort en avance sur ce temps."
"Certains d'entre nous furent même gens de guerre comme vous l'avez pu constater lors de vos cours particuliers du maniement de l'arme. Ainsi, moi qui vous cause, je fus, en mon jeune temps, artilleur en la bonne ville de Metz, où demeure toujours mon mien cousin. Ah..Metz...sacrénomdedju! Enfin bon...Amen!" Sur quoi, le capucin se signa discrètement.
"Enfin, si cela vous sied de découvrir le monde, ainsi soit-il! Nous allons faire en sorte que vous puissiez voyager de la façon la plus aise qui soit!"

Aussitôt que mon départ fut annoncé au Chapitre, pères, frères, moinillons et retraitants se mirent à deux, puis à trois, enfin à quatre pour que le compte y soit et pour me composer un bagage tant utile que léger.
Le père Andidas, hellène et grand amateur d'exercices
physiques, me procura bures et cothurnes, brodées à son nom et aussi adéquates que seyantes. Un frère corse m'offrit un goupillon de poche à cran d'arrêt. Je fus muni aussi d'un cilice en peau de phoque, d'une moulinette à tonsure, de force victuailles et de fiasques de vin de messe. Un père, de retour de pèlerinage, encore un peu cafardeux, tint à me donner son bourdon.

Le bon père Aymon me pourvut d'un viatique bien rebondi et tint à m'offrir une copie du guide des monastères et couvents pittoresques, qu'il avait rédigé pour la circonstance, prenant grand soin à y détailler force renseignements très précieux: où manger quelque spécialité, où déguster un vin de messe digne de ce nom, où coucher, voire dormir, et bien d'autres choses utiles à qui prend la route. Il se creusait la tête pour donner un titre à ce guide dont il souhaitait doter les voyageurs.

Une fois ce copieux bagage bien arrimé sur ma mule, mes bons pères qui tant m'aimaient, vinrent à la queue leu leu me donner le baiser de paix, y compris le frère capucin qui m'avoua préférer ce saint Ordre plutôt que le sien.

Quant à Jeanneton, que j'eus grand trouble à quitter, mais ma bure était ample, elle me passa autour du col une chaînette portant la faucille de sa bienheureuse patronne.
Ce qu'observant, le frère Umberto se précipita pour m'offrir son plus beau marteau et me pria de toucher sa bosse, en souvenir de lui.

Notre bon Prieur me prodigua ses derniers conseils, m'assurant que ses pensées et celles des bons pères, qui me furent aussi des mères attentionnées, m'accompagneraient tout au long de ma route.
Enfin, l'œil humide, il m'embrassa et me remit une lettre pour son cousin messin si la fortune venait à me mener en cette cité, ainsi qu'une belle liasse de passe-port, passe-partout, passe-montagne et passe-tout grain car il était facétieux.
Il me bénit une dernière fois: "Dieu vous bénisse, mon fils, et vous fasse le nez comme j'ai la cuisse!".

J'enfourchai ma brave mule, fourrai contre ma poitrine les lettres qui devaient m'ouvrir le passage, toutes frappées du seing du bon Prieur Aymon Cusset Dupoulay.

Les bons pères entonnèrent à l'unisson un cantilène de circonstance, fortement scandé; je talonnai Benoîte, robuste et obéissante, mais un peu bégueule car elle fut mule du Pape.

Les larmes aux yeux, je leur adressai un dernier signe de la main et prit la route des collines.
Nous étions au chaud mois de juillet de l'an 1787, treizième du règne du bon Roy Louis XVI, ce qui me sembla de fort bonne augure.
L'aventure commençait.

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
koz bag
Second Maître
Second Maître



Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 30 Mai 2010, 22:46

AD'HOC a dit :

aux nonnes de Sainte Falace du Sion, dont le couvent se trouvait plaisamment sis sur une motte embaumée de languissantes senteurs.

Laughing

et en latin cela donne quoi !

Smile

koz bag le curé trécie ou le curé tamé du pain béni pour l'écriv in du bord ,
nomé sur l'HAPHRODIC
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 30 Mai 2010, 23:06

Ah, Monsieur l'Aumônier, que Saint Gaffiot vous ait en sa sainte garde!

A+
AmicalementLes Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Icon_biggrin

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
Andy
Enseigne de vaisseau de première classe
Enseigne de vaisseau de première classe
Andy

Localisation : Parisien exilé dans l'Oise

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyLun 31 Mai 2010, 13:26

Je regrette que les devoirs de ma vie sociale m'aient privé de découvrir plus tôt ces pages exemplaires.

Comme Koz Bag, je suis depuis longtemps un adorateur de Sainte Falace du Sion. Son sanctuaire, si je ne m'abuse, est érigé sur un ancien Haut-lieu romain, le mons Veneris et on peut y admirer le tableau de Pubis de Chavannes, la Sainte à la culotte fendue. Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Icon_biggrin

Ton fervent lectorat espère que ta pieuse route croisera un jour celle de l'Aphrodite, dont le nom est prédestiné pour porter la bonne parole aux naturels égarés, sous l'égide et la sainte protection de cette grande mystique, moins austère toutefois que Ste Hildegarde de Bingen. Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Icon_biggrin

_________________
Si tu protèges ton navire de la terre, il te protègera de la mer. (Proverbe croate)
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptySam 05 Juin 2010, 23:26

...Du haut des collines, je jetai un dernier regard sur Toulon et ses rades.
Deux somptueux vaisseaux, l'un entrant l'autre partant, se saluèrent cérémonieusement d'une bordée de canons qui démâta la misaine de l'un et grilla la poupe de l'autre, ce qui est marque de grande courtoisie.

Dans le parfum de lavande dont j'avais une belle brassée, Benoîte prit la route d'Avignon car elle m'avait dit qu'elle souhaitait y revoir sa cousine. Les mules papales en effet reçoivent très jeunes le don des langues, un peu ânonnantes certes mais audibles à qui sait murmurer à l'oreille des mules.

Le chemin crépitait de cigales et de touristes anglois, hollandois et autres teutons, le cheveu de paille et le visage de tomate.

(.....)

Arrivé en Avignon, je fus chaleureusement hébergé au monastère de Fesse-Mathieu, près le pont fort usé, ce pendant que Benoîte, dûment débâtée, s'en allait retrouver sa cousine.
Malgré cet accueil fraternel, j'eus grand mal à m'endormir tant mon fondement et organes voisins se trouvaient douloureusement
échauffés par le voyage. De plus un tintamarre de chants, braillements et tonitruantes déclamations se mit à retentir entre les remparts.
" C'est seulement le Fessetival, m'informèrent au petit matin les pères Vilar et Philippe, on s'y fait très bien, et d'autant mieux que notre cité est bellement peuplée de nonnes de Sainte Mireille de la Stricte Observance, qui chantent harmonieusement, en grand nombre, un peu fortement, nous vous le concédons! "

Je notai en hâte ces précieux renseignements sur mon guide, puis allai retrouver Benoîte dont les yeux languides bordés de mauve montraient d'évidence que le nocturne tohu-bohu l'avait aussi affectée. Mais il me sembla toutefois étrange que sa cousine répondît au joli nom de Boniface.
Puis elle me fit comprendre qu'elle entendait faire pieuse retraite en ce saint gazon, ce que je ne pouvais lui refuser.

J'en fis part à mes bons frères qui me firent don d'un solide et placide cheval à la robe pie, appelé Clément.
Ils m'offrirent aussi une jolie culotte en toile de Gênes qui devait atténuer ma fondamentale mortification.
Enfin le frère comptable vint apposer moult sceaux et tampons sur la croupe de Clément.
" Ce sont là vignettes destinées à financer les œuvres charitables, et les gens d'armes ne manqueront pas de vérifier que vous participez à cette louable et caritative disposition! "

(.....)

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
koz bag
Second Maître
Second Maître



Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptySam 05 Juin 2010, 23:49

le cheval Clément a Avignon Razz

j'espère que tu lui donnera pas des émeraude pilé pour ses maux de ventre


allusion au pape Clément V


k b
Revenir en haut Aller en bas
Andy
Enseigne de vaisseau de première classe
Enseigne de vaisseau de première classe
Andy

Localisation : Parisien exilé dans l'Oise

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 06 Juin 2010, 13:19

La déclamation de ce beau texte mériterait d'être soutenu par les harmonies célestes de la lyre.

N'est-ce pas lors d'un voyage missionnaire en compagnie de Marco Polo, que Ste Mireille (1254-1623) a rapporté de Cipango, le bain rituel Obao?

_________________
Si tu protèges ton navire de la terre, il te protègera de la mer. (Proverbe croate)
Revenir en haut Aller en bas
Christian Le Normand
Lieutenant de Vaisseau
Lieutenant de Vaisseau


Localisation : Hérouville-Calvados-Normandie-France-Europe

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 06 Juin 2010, 13:50

Andy a écrit:
N'est-ce pas lors d'un voyage missionnaire en compagnie de Marco Polo, que Ste Mireille (1254-1623) a rapporté de Cipango, le bain rituel Obao?

Ouais et le bain rituel (de sang) de marque O'Mao de l'Antique Kathay !
Revenir en haut Aller en bas
L'ancien
Amiral de la flotte honoraire
Amiral de la flotte honoraire
L'ancien

Localisation : Près du Bourget...mais chetimi de LILLE
Navire préféré : Bounty

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 06 Juin 2010, 18:24

le bonjour te va !!!!

Citation :
...Du haut des collines, je jetai un dernier regard sur Toulon et ses rades.

Si tu vois cela de Montpellier tu as une bonne vue !!!!


Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc 05061310


Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc 243597l2rzpzee

_________________
Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Parche16
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyMar 08 Juin 2010, 20:36

Bien le bonjour à tous,

Il est vrai que l'extraordinaire longévité de Sainte Mireille est, encore de nos jours, l'objet de controverses de la part des historiens les plus sérieux. Est-ce du à sa position très particulière lors du voyage missionnaire susdit, peut-être...

Mais, chers lecteurs, je laisse le Chevalier poursuivre:

" Je ne restai que peu de temps en Avignon où je fis acquisition de deux chapeaux de paille, l'un pour moi, car le capuce me pressait, et l'autre pour Clément car il était de papale cité.

Dans cet appareil, nous nous mîmes donc à remonter le Rhône, en suivant la Royale Sept où la presse se faisait de plus en plus abondante: piétons suant sous de lourds havresacs carillonnant de gamelles, charrois surchargés d'esquifs, étranges carrosses surélevés par un toit à soufflet, souvent hérissés de curieuses poêles à frire dirigées vers le ciel comme pour en recevoir de lumineuses images.
Tout ce pittoresque monde déjà roussi par le chaud soleil faisait étape dans d'étonnants cabanons ornementés de campaniles et pour certains d'immenses cornes de taureaux.
Quant à nous, nous préférions suivre le guide du Prieur Aymon qui nous fournissait d'aimables tablées et d'accortes nuitées.

Désormais, la pérégrination estivale semblait à son comble. Cheminant en sens contraire, Clément et moi n'en étions guère gênés.
Cependant il arriva un jour que la cohue fut si dense que routes et chemins s'en trouvèrent aussi bouchés que le port de Marseille par sa sardine.

Au dessus du vacarme des invectives estrangères que s'échangeait la foule esquichée retentit alors un curieux hurlement accompagné d'une galopade.

Trois cavaliers surgirent, tout de bleu vêtus, des gens d'armes assurément; l'un d'eux soufflait dans une sorte de clairon à manivelle qui modulait cet étrange hululement, tandis que de l'autre main il animait d'un mouvement giratoire, comme on le fait d'un toton, une lanterne borgne qui de ce fait semblait clignoter.
En quelques mots sonores et autoritaires, le premier fit dégager quelque peu la foule rissolante; puis s'avisant de ma présence sous un pin, opportunément parasol, où j'observais ce manège inhabituel tout en dégustant un petit rosé des Papes, il s'en vint me rejoindre.

"Bonjour mon père! Me permettez-vous de profiter de cette ombre avec vous?"
"Bien le bonjour mon fils! Avec grand plaisir, l'ombre et le rosé, car vous êtes fort civil!"
"C'est la moindre des choses pour des gens d'armes!"
Clément quant à lui, tout en crottinant, encensait, comme il se doit, avec approbation.

"Voilà grand embarras, lui dis-je, comment allez-vous régler cette estouffade?"
"Ah, mon père, nous sommes des spécialistes. Vous allez pouvoir en juger!"

Des "Papiere-ausweiss-bitte" fusèrent de la bouche du deuxième qui avait délaissé clairon et lanterne pour vérifier les croupes des montures et des piétonnes. " C'est le brigadier Schultz qui a servi au Royal Allemagne, me glissa mon compagnon, ce qui nous est bien pratique en l'occurrence. Mais voyez plutôt!"

La foule s'étant calmée, le dernier cavalier qui montait un beau pie comme Clément, mit pied à terre; d'allure altière, il portait un tricorne magnifiquement paré de longues plumes. C'était le chef de la patrouille sans aucun doute.
Le brigadier, s'étant assis en tailleur, cala entre ses genoux un tambour de cavalerie dont il commença à tirer d'étranges et exotiques sons envoûtants.
Le chef, ayant quitté tunique et sabre, répandit un peu de poudre qu'il enflamma puis, tenant une antique hachette de pierre, exécuta autour du petit foyer grésillant une danse giratoire fortement scandée de mots gutturaux et de martèlements du pied, comme on dit que le font les Espagnols. Quel merveilleux spectacle!

Enfin il s'arrêta et, se tournant vers le brigadier et mon compagnon, montra des deux bras moult et moult directions. Aussitôt les deux autres, à grands coups de sifflets, signifièrent aux pérégrins les chemins qu'ils devaient suivre. En quelques minutes, comme par miracle, la Royale Sept se trouva presque déserte.

Les trois gens d'armes s'en vinrent vers moi. Le premier montra ses compagnons et s'excusa de ne s'être pas présenté.
"Lieutenant de Pinot", dit-il en s'inclinant puis désignant le brigadier: "Schultz que vous connaissez un peu, et enfin le brigadier-chef Crafty Bull que vous avez vu à l'œuvre!"
Devant mon sourcil interrogateur, il précisa: "Crafty Bull est un micmac qui nous est venu du Nouveau Monde avec Monsieur de La Fayette; c'est chez lui un grand sorcier réputé pour dénouer les situations les plus inextricables comme vous l'avez pu voir. Nous l'appelons plus simplement Bison Futé!"

"Et tous ces gens qui viennent de partir aux quatre chemins?" demandai-je. "Ma foi..., bof, ils vont visiter le pays pour le plus grand bien des hôteliers et taverniers. En parlant de taverne, mon père, vous plairait-il de faire étape en l'auberge où nous tenons nos quartiers? Le Paon d'Or n'est qu'à une petite chevauchée d'ici!"
Comme ils me semblaient de joyeux compagnons, j'acceptais de grand cœur.

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyDim 13 Juin 2010, 13:22

Résumé des chapitres précédents: vous pouvez les lire vous-mêmes, si vous vous imaginez que je vais vous les résumer!

.... Arrivés au Paon d'Or, je fus ébloui par les uniformes chamarrés de ces fiers gens d'armes qui pour l'heure se livraient à des cours de formation continue éducatifs comme "Chat perché" ou "Le gendarme et les 40 voleurs".
Monsieur de Pinot, natif des Charentes, leur signifia d'aller consigner leur rapport et contraventions en deux exemplaires. Ce fut un beau remue-ménage pour trouver la machine à écrire, en l'occurrence un tabellion talentueux recruté pour son strabisme qui lui permettait d'établir tout document en double et ce en une seule fois, et qui pour l'instant s'affutait les yeux par immersion dans un tonnelet de bière .

Le lieu était plaisant et nous allâmes nous attabler devant un plantureux repas de fayots aux haricots, avec moult fiasques de vin qui faisait des centenaires à ne plus savoir qu'en faire.
Bison Futé, Hugues de son prénom, nous narra, jusque fort tard dans la nuit, ses combats aux côtés des Insurgents, les Anglois dépouillés de leur ornement capillaire, les campagnes de Monsieur de La Fayette et celles de Monsieur de Suffren, la traversée du grand océan.

"Frère Marie Joseph et Frère Suffren être grands sachems, que Nanabozo le Grand Lapin les préserve!" conclut-il.

Devant une telle bravoure, je m'étonnais auprès du lieutenant du grade subalterne attribué à ce fier guerrier.

" C'est lui-même qui l'a choisi car les sardines de ce grade ressemblent aux peintures dont les Hurons aiment à se parer!" De fait, Hugues arborait sur le visage et sur le torse (car il s'était mis à l'aise) trois triangles, deux rouge et un doré.

Je demandai alors à Hugues pourquoi il s'exprimait ainsi en tronquant les phrases;

"Ah, frère moine, qu'il vous plaise de savoir que ces Mémoires sont rédigés en françois, en version doublée et non sous-titrée; aussi bien dois-je m'exprimer selon les convenances du ouesterne! Donc Bison Futé aller maintenant roupiller, car pinard être horrible piquette!"
Ce dont je convins aisément puisque j'étais le scripteur des dits Mémoires.

Je l'imitai et ne tardai point à sombrer dans un sommeil rêveux peuplé de batailles, à peine troublé par les hennissements rigolards de Clément et du cheval pie de Bison qui, d'évidence, se racontaient des histoires de cavaliers.

Au matin, nous nous fîmes force embrassades et Hugues me dit au revoir en ces termes "Que Manitou protège frère visage pâle au scalp percé! Peut-être nous nous revoir car Bison Futé en avoir un peu ras le calumet des fayots et souhaiter revoir ses frères et ses squaws!"

Nous remîmes donc le cap vers le Nord. Certes la montagne était belle mais les cigales ne chantaient plus, et, tandis que le soleil se couchait, pris de mélancolie, je me surpris à fredonner, adagio, le beau psaume de Lucien de Lucques:
"Je suis un pauvre moine solitaire
"Encore si loin de son monastère "

Ainsi parvînmes-nous à Lyon, lumineuse cité, toutefois empuantie par l'activité industrieuse des affineurs d'huile de roche, mais heureusement et plaisamment implantée entre deux fleuves coulant entre collines, mottes et mamelons.
Nous allâmes nous installer au monastère de la Rosette sis près le sanctuaire de Saint Pothin, bienheureux et donc felix.

Le frère Sabodet, toujours très exact, car il était né gone en cette ville, m'en fit visiter les hauts lieux: le forum vetus où il n'y avait rien à voir et les bouchons où il y avait tout à boire.
Je découvris les canuts, étrange corporation, qui aiment à aller tout nus en chantant et dont les femmes sont fort soyeuses. On prétend d'ailleurs qu'ils ont si peu d'esprit qu'on en peut manger la cervelle sans qu'ils en soient gênés plus outre, ce que je ne saurais croire, pas plus que Jésus, qui, à ce qu'on dit, serait en cette cité découpé en rondelles, cuit ou cru.
Il est vrai que les inextricables et dévalantes traboules de cette antique capitale recèlent bien des mystères et d'étranges histoires de culte.
En tout cas, les grattons, qui partout ailleurs collent si bien aux pattes, sont ici divins.

A partir de là, la route du Chevalier le mène en Beaujolais, Mâconnais, Bourgogne et Champagne.
La fatigue de ce long voyage se fait manifestement sentir. L'écriture est souvent tremblée, presque illisible, et l'orthographe hésitante. Ainsi, lors d'une étape aux Hospices de Beaune, il fait mention d'un "andividu fieffé soiffard" (sic).
Par contre, le guide du prieur Aymon, intitulé "Guide des villages, églises, monastères et autres saints lieux pittoresques à l'usage des pieux voyageurs et moines qui font route tard", s'en trouve conséquemment enrichi et augmenté.

A+
Amicalement
Revenir en haut Aller en bas
AD'HOC
Bagnard Banni


Localisation : un petit bled au fin fond de l'Hérault
Navire préféré : Le Soleil Royal, et un tas d'autres

Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc EmptyMar 22 Juin 2010, 16:20

(.....)

Enfin, rompus par ce long voyage mais enrichis d'une culture agro-viticole basée sur une expérience récente certes mais fort poussée, Clément et moi parvînmes à Paris, fière capitale du Royaume, dont le brave brigadier Schultz tout ému m'avait dit le plus grand bien "Ach, Pariss, bédites matemoisselles, gross bonheur!"

Nous nous installâmes au monastère de Saint Bienvenüe, sis dans la rue St Denis fort peuplée de soeurs de la Miséricorde dont la vocation est, depuis la nuit des temps dit-on, de secourir et soulager inlassablement la misère humaine.

Devant le nombre de sieurs qui hantaient ce quartier à la recherche sans doute de particule, je m'installai comme écrivain public et généalogiste, partageant l'échoppe du Père Olex, helvète orfèvre, banquier repenti chargé de la comptabilité du monastère mais dont la réelle passion était l'élaboration de toutes sortes d'ingénieuses machines à mesurer le temps.

Il se fit mon mentor et m'indiqua les lieux les plus remarquables de la Cité. Je pus ainsi voir les premiers travaux de M. Boenickhausen qui entendait glorifier sa ville d'adoption par l'érection d'une magnifique tour quadripode, rompant avec les moulins innombrables semés sur les collines.
Mais, comme il était tapissier, si cet ambitieux projet tenait debout, les matériaux de belle laine d'Italie et de Flandre peu adaptés, me semblait-il, ne cessaient de s'effondrer dans ses tentatives acharnées qui ne pouvaient que m'émouvoir. Devant ma moue dubitative, il s'écria:
"A cœur vaillant natif d'Eifel (près de Cologne), rien d'impossible! Le temps et Dieu y pourvoiront!"

Suit alors une description d'endroits et de sites plus ou moins saints dont la visite réchauffe l'hiver du chevalier et étoffe généreusement le Guide à l'usage de etc...Si vous trouvez plus court, dites-le moi.
(.....)

Cheminant à travers rues et ruelles sous le doux soleil de mai, je me retrouvai sur une grande place qu'on me dit être celle de Grève. Des cortèges d'ouvriers fort bruyants s'y entrecroisaient. Quelques-uns portaient des pancartes où l'on pouvait lire "Pompidoudessous", ce qui m'était incompréhensible.
Avisant une place libre sur un banc occupé par un homme seul, je m'y allai asseoir et saluai d'un signe de tête le sieur qui me jeta un regard circonspect.

"Qu'est ceci?, lui demandai-je". "Ce sont des chaumeurs qui cherchent un patron pour se faire quelques pécunes entre les divers travaux des champs".
Il me regarda à nouveau et me tint ces étranges propos: "Sansonfilsquatre!". "Sans son fils quatre? m'étonnai-je". "Ah, monsieur, je vous prie de m'excuser; je suis, voyez-vous, une sorte de paria et comme tout le monde m'évite, je perds les bons usages! J'en viendrais presque à hâcher les mots. Aussi, souffrez que je me présente à nouveau: Charles-Henri Sanson, quatrième du nom! Constatez combien j'articule, moi qui suis plus enclin de par ma profession à désarticuler!" dit-il en souriant malicieusement.
Je m'inclinai derechef et lui demandai s'il souffrait de quelque mal tenant ses concitoyens à l'écart. " Que nenni, mon père, je suis Exécuteur des Hautes Oeuvres de La Cour et de la Prévôté de l'Hôtel du Roy, ce qui me vaut l'inimitié de tous, à ce point que je réside hors les murs et que, voulant convoler, je dus épouser une égyptienne, heureusement fort grande et belle et dotée d'une bien jolie voix!"


La rencontre d'un bourreau n'était pas banale, mais l'homme était sympathique. Je m'enquis de sa présence en cette place. "C'est le lieu où j'officie d'ordinaire mais, depuis l'avènement de notre bon Roy, le rythme de mon travail s'étiole!". "Et pourquoi donc?". "Notre Roy est trop bon; il a supprimé les questions préalables et préparatoires. Et puis toutes ces idées nouvelles. Ah, où est le temps des belles décollations...Franchement, je vous le demande, quel spectacle plus propre à l'édification du bon peuple et au respect du Roy que d'être tiré à quatre chevaux! Oui, c'était le bon temps..."
Comme j'avais l'oeil interrogateur, il précisa: " Il ne s'agit nullement d'être remorqué dans un de ces nouveaux carrosses si curieux que l'on fabrique à Bille-en-Cour, mais bien d'être démembré par quatre chevaux!".
"Mais c'est inhumain, m'écriai-je!". "Vous avez dit le mot juste: inhumain. On n'imagine pas la souffrance de ces malheureux chevaux qui s'époumonnent dans ce rude labeur. Enfin..."


Par devers moi, je n'imaginais pas mon brave Clément utilisé à une telle fin.
Sanson tint à me narrer par le menu ses plus retentissantes oeuvres et ses travaux les plus tranchants; j'avoue que j'en fus quelque peu nauséeux. Puis il ajouta "Il y a aussi, Monsieur, le progrès comme on dit. Imaginez le bourreau remplacé par une machine, dont on parle en haut lieu, puisque le Roy lui-même s'y intéresse. Impensable, et pourtant je vous le dis, ce sont ces machines comme la Louisette qui tueront les petits métiers!"
Je respirai un bon coup et lui demandai poliment ce qu'il faisait actuellement. "Ma foi, je tue le temps..."
Me levant, je pris congé du Sieur Quatre, sans trop m'incliner toutefois car mon estomac me semblait être remonté jusque derrière les dents.
" Vous êtes fort brave homme, me dit-il, et si je peux vous être un jour de quelque utilité, n'hésitez point!" Je le remerciai le plus gracieusement que je pus et le bénis rapidement, puis courus me rafraîchir dans un estaminet des bords de Seine où passaient les chalands.

_________________
"Je sortirai du camp,mais quel que soit mon sort,
J'aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort!"


Adolphe Dumas. Le Camp des Croisés

______________________________________

"Dans la Marine on ne fait pas grand chose, mais on le fait de bonne heure!"

Le Marin Shadok



Précurseur préhistorique de l'ACMSJF (Association des Commenceurs de Maquettes Sans Jamais les Finir)
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty
MessageSujet: Re: Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc   Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Les Très Véridiques Mémoires du Chevalier de Adhoc
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Tombes et Mémoires virtuelles
» Salutation à tous
» à vos mémoires !!
» Mémoires des Hommes (SGA-MdH) Nouvelle version
» Saint-Romain-de-Colbosc - Mémoires de la Grande Guerre

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Royale Modélisme :: COMMUNAUTE :: La taverne de Captain Crochet-
Sauter vers: